Association DALO

L’hébergement est un droit inconditionnel

Il y a des évidences qu’il devient, hélas, nécessaire de rappeler : oui, il est contraire aux droits de l’homme de laisser une personne à la rue, et ce quels que soient son âge, son genre, son statut administratif ou les raisons qui l’ont conduite dans une telle situation. Il s’agit d’un devoir humanitaire, mais aussi d’une obligation légale dans un pays qui a ratifié la déclaration universelle des droits de l’homme et qui peut s’honorer d’avoir adopté la loi DALO. Pourtant, on entend de plus en plus un discours justifiant les pratiques de tri à l’entrée des centres d’hébergement. Ce discours se développe à travers des circulaires ambiguës et des consignes orales données aux SIAO, aux associations gestionnaires et aux membres des commissions DALO.

Le premier critère de sélection est le statut administratif. Les personnes à qui la France a refusé le droit au séjour n’auraient pas droit à être accueillies en hébergement. C’est faux : tant qu’elles sont sur notre territoire, et même lorsque leur a notifiée l’obligation de le quitter, elles doivent être traitées avec dignité. La loi DALO est très claire sur ce point : aucune condition de séjour n’est exigée pour le droit à un hébergement.

Le second critère de sélection est celui de la vulnérabilité : devant le manque de places ouvertes, une personne ne pourrait être accueillie que si elle justifie être gravement malade ou avoir avec elle de jeunes enfants. Un discours qui sous-entend que certains d’entre nous, parce que jeunes et en bonne santé, seraient aptes à vivre à la rue. L’association « Les morts de la rue » nous rappelle régulièrement que la rue tue, en toutes saisons : on y meurt en moyenne à 49 ans.

Ne nous y trompons pas, ces critères ne protègent personne. Les demandeurs d’asile et réfugiés, en situation régulière, sont hélas nombreux dans les campements de fortune. Des citoyens français dorment dans leur voiture. Des familles avec des enfants sont à la rue. À Paris, chaque soir, 700 enfants en famille sollicitent le 115. En Seine Saint Denis, 5000 enfants sont hébergés avec leur famille dans des hôtels...

Ces pratiques illégales de tri cachent en réalité des renoncements : renoncement à adapter notre capacité d’hébergement d’urgence aux besoins, renoncement à faire accéder directement au logement ceux qui le peuvent (c’est pourtant la promesse de la démarche « Logement d’abord »), renoncement à assurer les indispensables solidarités permettant de développer une offre de logements abordables à tous.

Nous ne pouvons nous satisfaire de ces renoncements et des pratiques de tri qu’ils induisent. Il en va de la dignité : celle de la personne concernée, mais aussi celle de la France, qui se déshonore à renier ses propres valeurs. Et il en va du respect des lois, sans lequel notre société est en péril.


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