Décisions du conseil d'Etat 2009-2010-2011

Les recours DALO font l'objet de nombreuses décisions de justice, qu'il s'agisse de la contestation des décisions des commissions de médiation ou des recours contre l'État lorsqu'il ne met pas en œuvre les décisions de relogement dans les délais. Une partie de ces décisions remonte jusqu'au Conseil d'État, juridiction suprême en matière de contentieux administratif, dont les décisions font jurisprudence.

L'Association DALO présente ci-après les 9 décisions concernant le DALO rendues par le Conseil d'État au cours des années 2009, 2010 et 2011.

07-04-2011    n° 340734 - Le Conseil d'État confirme que les recours en injonction doivent être faits dans un délai de 4 mois suivant l'expiration du délai de relogement. Des dispositions dérogatoires s'appliquaient en 2009.    

Décision  n° 340734
« Résumé : 38-07-01 En vertu des dispositions des articles R. 778-2 du code de justice administrative (CJA) et R. 441-18-2 du code de la construction et de l'habitation (CCH), un demandeur dispose d'un délai de quatre mois à compter de l'expiration de celui des délais fixés à l'article R. 441-16-1 correspondant à sa situation pour saisir le juge du droit au logement du recours prévu à l'article L. 441-2-3-1 de ce dernier code, à condition que ces délais lui aient été indiqués lors de la notification de la décision de la commission de médiation.,,1) Le recours introduit en application de l'article L. 441-2-3-1 du CCH n'ayant pas le caractère de recours contre une décision au sens de l'article R. 421-1 du CJA, le délai de recours de deux mois fixé par cet article ne lui est pas applicable.... ...2) Dans ces conditions, un recours contre une décision de la commission de médiation intervenue avant l'entrée en vigueur des articles R. 778-2 du CJA et R. 441-18-2 du CCH relève des dispositions dérogatoires de l'article 3 du décret n° 2008-1227 du 27 novembre 2008 modifié, permettant de saisir le tribunal administratif jusqu'au 31 décembre 2009. »

15-11-2010    n° 334917 - Le Conseil d'État annule l'annexe 1 de la circulaire du 23 octobre 2009 fixant les modalités d'affectation du quart des attributions du 1% logement aux prioritaires DALO (cf.334958 pour le référé)    

Décision n° 334917
« Considérant que, pour l'application des dispositions de l'article L. 313-26-2 du code de la construction et de l'habitation, l'annexe 1 de la circulaire attaquée organise la procédure selon laquelle les organismes collecteurs associés de l'Union d'économie sociale du logement attribuent un quart des logements pour lesquels ils disposent de contrats de réservation aux salariés et aux demandeurs d'emploi désignés comme demandeurs de logement prioritaires par la commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du même code ; que les obligations qu'elle fait peser sur les organismes collecteurs agréés ne sont prévues par aucune disposition législative ou réglementaire ; qu'ainsi l'annexe 1 de la circulaire attaquée a ajouté des règles nouvelles, de caractère réglementaire, aux dispositions en vigueur ; que les ministres signataires de la circulaire attaquée ne tenant d'aucun texte le pouvoir d'édicter ces règles, les dispositions contestées, qui ne sont pas divisibles du reste de l'annexe 1 de la circulaire, sont entachées d'incompétence ; que, dès lors, l'OFFICE PUBLIC DE L'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT est fondé à demander l'annulation de l'annexe 1 de cette circulaire »

02-07-2010    n° 332825 - Le régime spécifique des astreintes DALO est compatible avec l'article 6 de la CEDH. Le montant de l'astreinte peut être modulé en fonction de critères autres que le loyer moyen du logement adapté.    

Décision  n° 332825
«Résumé 38-07-01 Les dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation (CCH) ouvrent aux demandeurs remplissant les conditions posées par ce code la possibilité d'introduire un recours contentieux tendant à ce que le juge ordonne leur logement, leur relogement ou leur hébergement, le cas échéant sous astreinte. 1) Cette voie de recours présente un caractère effectif et est ainsi compatible avec les stipulations de l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (conv. EDH), même si l'astreinte éventuellement prononcée n'est pas versée au requérant et n'est pas exclusivement affectée à la construction de logements sociaux. 2) Il n'y a pas à rechercher, dans ces conditions, si le droit d'obtenir un logement décent et indépendant est au nombre des droits protégés par la convention ou par l'article 1er de son premier protocole additionnel, pour lesquels l'article 13 de cette convention ouvre un droit à un recours effectif. »   
« Il ressort des termes de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, éclairés par les travaux préparatoires à la loi du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion, que le législateur, en précisant que le montant de l'astreinte devait être déterminé en fonction du loyer moyen du type de logement adapté aux besoins du demandeur, n'a pas entendu limiter le montant de cette astreinte au montant du loyer moyen de ce logement, mais permettre qu'elle soit modulée, selon les circonstances de l'espèce, en fonction de ce montant, calculé sur la même période que l'astreinte.      
L'astreinte prononcée, qui peut être un multiple du montant de ce loyer moyen, ne saurait néanmoins s'écarter de cette référence de façon disproportionnée. En particulier, l'hypothèse d'une astreinte dont le montant serait égal au coût pour l'Etat de la construction d'un logement social, calculé sur la même période, ne prendrait pas en compte de façon raisonnable cette référence au loyer moyen. Cette référence vaut pour la ville de Paris, pour laquelle les dispositions législatives précitées ne prévoient pas de règle spécifique ; il ressort au contraire des travaux préparatoires à la loi du 25 mars 2009 que le législateur a, précisément, souhaité définir une règle homogène applicable sur l'ensemble du territoire.       
Dès lors que le juge dispose ainsi de la faculté de moduler le montant de l'astreinte, il doit pouvoir prendre en compte d'autres éléments que le montant du loyer moyen du type de logement adapté aux besoins du demandeur et statuer en fonction de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il lui est, par suite, possible de moduler le montant de l'astreinte en fonction de critères tenant notamment à la taille de la famille, à la vulnérabilité particulière du demandeur, à la célérité et aux diligences de l'Etat, tant lors de la fixation de l'astreinte que lors de sa liquidation et, le cas échéant, de la fixation d'une nouvelle astreinte pour la période ultérieure. »

18-06-2010    n° 337910 - Le régime spécifique des astreintes DALO ne méconnait pas le principe d'égalité, ne porte pas atteinte à l'indépendance des juridictions ni au droit à un recours effectif et un procès équitable, ne méconnait pas le droit au logement. Il n'y a pas lieu à une QPC. 

Décision  n° 337910
« Considérant, en premier lieu, que les dispositions contestées prévoient un mode de détermination du montant de l'astreinte identique sur tout le territoire et que les personnes introduisant un recours sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation se trouvent dans une situation différente de celle des personnes introduisant un recours de droit commun ; qu'ainsi, le moyen tiré de ce que ces dispositions méconnaîtraient le principe d'égalité ne soulève pas une question sérieuse ;  Considérant, en deuxième lieu, qu'en indiquant au juge des critères de détermination de l'astreinte dont il peut assortir l'injonction prévue à l'article L. 441-2-3-1, les dispositions du septième alinéa du I de cet article ne portent atteinte ni à l'indépendance des juridictions, ni au droit à un recours effectif et à un procès équitable ; que, dès lors, le moyen tiré de ce qu'elles seraient contraires à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, à laquelle renvoie le préambule de la Constitution, ne soulève pas non plus une question sérieuse ;    Considérant, enfin, qu'eu égard à l'objet du dispositif institué par les articles mentionnés plus haut du code de la construction et de l'habitation, le moyen tiré de ce que les dispositions contestées méconnaîtraient le droit au logement ne saurait, en tout état de cause, être regardé comme sérieux ;    Considérant qu'il résulte de ce qui précède que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme A, qui n'est pas nouvelle, ne présente pas un caractère sérieux ; que, par suite, il n'y a pas lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ; »

18-06-2010    n° 339175 - Le régime spécifique des astreintes DALO ne méconnait pas le principe d'égalité, ne porte pas atteinte à l'indépendance des juridictions ni au droit à un recours effectif et un procès équitable, ne méconnait ni le droit de propriété ni le droit au logement.    

Décision n° 339175
« Considérant, en premier lieu, que les dispositions contestées prévoient un mode de détermination du montant de l'astreinte identique sur tout le territoire et que les personnes introduisant un recours sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation se trouvent dans une situation différente de celle des personnes introduisant un recours de droit commun ; qu'ainsi, le moyen tiré de ce que ces dispositions méconnaîtraient le principe d'égalité ne soulève pas une question sérieuse ; Considérant, en deuxième lieu, qu'en indiquant au juge des critères de détermination de l'astreinte dont il peut assortir l'injonction prévue à l'article L. 441-2-3-1, les dispositions du cinquième alinéa du II de cet article ne portent atteinte ni à l'indépendance des juridictions, ni au droit à un recours effectif et à un procès équitable ; que, dès lors, le moyen tiré de ce qu'elles seraient contraires à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, à laquelle renvoie le préambule de la Constitution, ne soulève pas non plus une question sérieuse ; que ne soulève pas davantage une telle question le moyen tiré d'une atteinte au droit de propriété, qui résulterait des dispositions du sixième alinéa fixant la destination du produit de l'astreinte, dès lors que celle-ci est dépourvue de caractère indemnitaire ;  Considérant, en troisième lieu, qu'eu égard à l'objet du dispositif institué par les articles mentionnés plus haut du code de la construction et de l'habitation, le moyen tiré de ce que les dispositions contestées méconnaîtraient le droit au logement ne saurait, en tout état de cause, être regardé comme sérieux ;  Considérant, enfin, que le moyen tiré de la méconnaissance du droit de résister à l'oppression est dépourvu de précisions permettant d'en apprécier le caractère sérieux ; » 

11-02-2010    n° 329927 - Le fait d'être prioritaire DALO et de ne pas avoir reçu d'offre de relogement dans le délai réglementaire ne met pas en cause la décision d'octroi du concours de la force publique     

Décision  n° 329927
« Considérant que, pour demander la suspension de l'exécution de la décision du préfet de police du 28 mai 2009, M. B soutient que celui-ci n'a pas procédé à un examen particulier de l'ensemble de sa situation et qu'il aurait dû considérer que constituaient des motifs de nature à justifier le refus du concours de la force publique, d'une part, le fait qu'il avait été, par une décision de la commission de médiation du département de Paris prise en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, désigné comme prioritaire et devant être relogé en urgence, sans avoir reçu de proposition de relogement dans le délai de 6 mois fixé par l'article R. 441-16-1 du même code et, d'autre part, le fait qu'une décision du juge des enfants lui avait accordé le droit d'héberger sa fille deux week-ends par mois ; qu'aucun de ces moyens n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police du 28 mai 2009 ; qu'il y a lieu, par suite, de rejeter la demande de M. B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision »

04-02-2010    n° 334958 - Le Conseil d'État rejette un référé visant à suspendre la circulaire du 23 octobre 2009 qui, suite à la loi du 23 mars 2009, définit les modaiités de l'affectation d'un quart des attributions du 1% logement au relogement des prioritaires DALO (cf. 334917 sur le fond)

Décision  n° 334958
« Considérant que, pour justifier d'une situation d'urgence, l'OFFICE PUBLIC D'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT soutient que la présentation par le préfet d'un seul candidat par logement, en dérogeant à la règle, posée par l'article R. 441-3 du code de la construction et de l'habitation, selon laquelle les commissions d'attribution examinent au moins trois demandes pour un même logement à attribuer, restreint la faculté de choix de la commission d'attribution, risque d'entraîner la vacance de logements sociaux si le candidat relevant du DALO n'est pas retenu par la commission et empêche les bailleurs sociaux de garantir la mixité sociale, qui est un objectif fixé par l'article L. 441 du code de la construction et de l'habitation ; que toutefois la limitation du choix offert à l'organisme bailleur ne porte pas une atteinte grave à son fonctionnement rendant nécessaire la suspension de la circulaire dans l'attente du jugement de l'affaire au fond ; qu'il en est de même du risque, hypothétique, de vacance d'un logement, dans l'attente d'une nouvelle réunion de la commission d'attribution, si celle-ci ne retient pas, pour un logement donné, le candidat relevant du DALO ; que l'atteinte à la mixité sociale n'est pas démontrée ; qu'ainsi, la condition d'urgence n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter la requête de l'OFFICE PUBLIC D'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFFICE PUBLIC D'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT la somme demandée par le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer »

21-07-2009   n° 324809 - La décision de la Comed peut être contestée par le préfet dans le cadre d'un recours en excès de pouvoir, mais elle ne peut pas l'être devant le juge du DALO, saisi dans le cadre des dispositions de l'article L.441-2-3-1    

Décision  n° 324809
« Résumé : 38-07-01 1) La décision d'une commission départementale de médiation statuant sur le droit d'un demandeur de logement ou d'hébergement, qui présente le caractère de décision créatrice de droits, fait grief. Il est ainsi possible au représentant de l'Etat d'exercer un recours tendant à son annulation, et, le cas échéant, à sa suspension, selon les règles du droit commun.... ...2) a) Eu égard à la nature de son office, il n'appartient pas au juge du droit au logement opposable, saisi en vertu des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier la légalité des décisions des commissions départementales de médiation, tant à la demande de l'administration qu'à celle du demandeur de logement ou d'hébergement. Par conséquent, le représentant de l'Etat dans le département ne peut utilement, dans le cadre d'un recours exercé par un demandeur de logement ou d'hébergement devant le juge du droit au logement opposable, ni demander l'annulation, par la voie d'une demande reconventionnelle, ni exciper de l'illégalité de la décision de la commission départementale.... ...b) Dans le cadre de son office, le juge du droit au logement opposable, saisi en vertu des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, doit s'assurer, avant d'ordonner le logement, le relogement ou l'hébergement de l'intéressé :,,- s'agissant du droit à un hébergement, que la demande de l'intéressé a été reconnue comme prioritaire et qu'une place adaptée ne lui a pas été proposée ;,,- s'agissant du droit à un logement, que la demande de l'intéressé a été reconnue comme prioritaire et urgente et qu'un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités ne lui a pas été proposé ;,,- dans les deux cas, que l'administration n'apporte pas la preuve que l'urgence a disparu, ce qui ferait obstacle à ce que le logement, le relogement ou l'hébergement soit ordonné. »  

"Considérant que, pour justifier d'une situation d'urgence, l'OFFICE PUBLIC D'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT soutient que la présentation par le préfet d'un seul candidat par logement, en dérogeant à la règle, posée par l'article R. 441-3 du code de la construction et de l'habitation, selon laquelle les commissions d'attribution examinent au moins trois demandes pour un même logement à attribuer, restreint la faculté de choix de la commission d'attribution, risque d'entraîner la vacance de logements sociaux si le candidat relevant du DALO n'est pas retenu par la commission et empêche les bailleurs sociaux de garantir la mixité sociale, qui est un objectif fixé par l'article L. 441 du code de la construction et de l'habitation ; que toutefois la limitation du choix offert à l'organisme bailleur ne porte pas une atteinte grave à son fonctionnement rendant nécessaire la suspension de la circulaire dans l'attente du jugement de l'affaire au fond ; qu'il en est de même du risque, hypothétique, de vacance d'un logement, dans l'attente d'une nouvelle réunion de la commission d'attribution, si celle-ci ne retient pas, pour un logement donné, le candidat relevant du DALO ; que l'atteinte à la mixité sociale n'est pas démontrée ; qu'ainsi, la condition d'urgence n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter la requête de l'OFFICE PUBLIC D'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFFICE PUBLIC D'HABITAT MARNE ET CHANTEREINE HABITAT la somme demandée par le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer ; »

21-07-2009    n° 314070 - Le Conseil d'État valide le principe du rejet implicite des recours n'ayant pas fait l'objet d'une décision de la Comed dans le délai réglementaire    

Décision  n° 314070
« Résumé : 38-07-01 La circonstance que l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation dispose que la décision de la commission de médiation doit être motivée ne fait pas obstacle à ce que naissent du silence de la commission des décisions implicites de rejet. Celles-ci ne peuvent être regardées, du seul fait qu'elles sont par nature non motivées, comme méconnaissant l'obligation de motivation imposée par l'article L. 441-2-3, dès lors qu'en application de l'article 5 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979, la commission est tenue de communiquer aux demandeurs les motifs de ces décisions. »